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FICHE 144

Peter Drucker et la « société de la connaissance » : quand le savoir devient une ressource économique centrale

Explorer ce thème dans le cours : La « société de la connaissance » : portée d’une notion et critiques

Pour Peter Drucker, la croissance des économies contemporaines dépend de plus en plus de la capacité des organisations à mobiliser et renouveler les savoirs. Dans The Age of Discontinuity, publié en 1969, il décrit des transformations liées au développement des technologies, des organisations et des qualifications. Le travail qualifié ne repose plus exclusivement sur l’exécution d’opérations matérielles : il mobilise de plus en plus des capacités d’analyse, de décision, de coordination et de création. Les « travailleurs du savoir » occupent ainsi une place croissante dans les administrations, les laboratoires, les entreprises de services ou les activités industrielles complexes.

La montée de ces activités intellectuelles modifie les conditions de la compétition économique. Les systèmes éducatifs, la recherche, les universités et la formation professionnelle contribuent à la productivité en diffusant des compétences et en favorisant l’innovation. Un pays peut tirer des bénéfices considérables de la maîtrise de certaines technologies, de la conception de logiciels ou de l’organisation efficace d’activités complexes. Les entreprises investissent également dans les données, les brevets et les compétences de leurs salariés. Toutefois, la diffusion des connaissances ne supprime pas la dépendance à l’égard des ressources naturelles, des infrastructures ou du travail matériel : elle modifie les formes de leur combinaison.

La place croissante des savoirs dans l’économie ne signifie pas que le travail matériel ou les ressources naturelles deviennent secondaires. Les innovations numériques, la recherche et la formation modifient les activités productives, mais elles s’appuient toujours sur des infrastructures, des équipements et des compétences inégalement réparties. Les gains de productivité et les possibilités de création de richesses coexistent ainsi avec des écarts de qualification et de rémunération. La « société de la connaissance » décrite par Drucker éclaire une transformation économique majeure, à condition de ne pas masquer les conditions sociales et matérielles de la production du savoir.