La rivalité entre les États-Unis et l’URSS s’est jouée aussi dans la collecte, la sélection et l’interprétation d’informations secrètes. Chaque camp veut connaître l’armement, les intentions diplomatiques et les capacités de mobilisation de l’autre. Les gouvernements veulent connaître les intentions de l’adversaire, mesurer ses capacités militaires, anticiper ses décisions diplomatiques et détecter les évolutions de ses alliances. Cette demande d’informations est d’autant plus forte que les programmes stratégiques sont entourés de secret. La perception d’une menace peut orienter des choix coûteux, même lorsqu’elle repose sur des éléments incomplets.
Les méthodes du renseignement se diversifient avec le progrès des moyens techniques. Les informations recueillies n’ont pas la même valeur et doivent être évaluées selon leur provenance et leur fiabilité. Une photographie peut montrer l’existence d’une installation, sans révéler à elle seule les intentions politiques qui l’entourent. Un témoignage peut fournir des précisions inédites, mais aussi être erroné ou manipulé. Les services spécialisés élaborent donc des évaluations à partir d’indices hétérogènes, tandis que les responsables politiques doivent décider sous incertitude. Le renseignement efficace n’élimine pas le risque d’erreur ; il permet surtout de mieux le mesurer.
Le recours à l’information clandestine modifie les décisions sans faire disparaître les erreurs de jugement. Les services occidentaux et soviétiques adaptent leurs méthodes aux innovations technologiques, mais leurs activités demeurent encadrées par des objectifs politiques souvent contradictoires. Le renseignement aide parfois à prévenir une escalade en fournissant des éléments fiables sur les capacités de l’autre camp ; il peut aussi nourrir la méfiance ou faciliter des interventions contestées. La guerre froide montre surtout que disposer de davantage de données n’équivaut pas nécessairement à mieux comprendre les intentions de l’adversaire.
