Après 1945, la croissance démographique et économique mondiale s’accompagne d’une hausse rapide de la consommation d’énergie et des prélèvements sur les ressources. La reconstruction, l’expansion industrielle, l’urbanisation et la généralisation de la consommation de masse accroissent rapidement l’utilisation de l’énergie, des matériaux et des terres. Le pétrole prend une place croissante dans les transports, la chimie et l’agriculture mécanisée. Dans le même temps, les progrès sanitaires contribuent à l’augmentation de la population mondiale. Le phénomène est planétaire, mais il commence surtout dans les économies industrialisées avant de prendre des formes diverses dans les autres régions.
La transformation du système productif s’accompagne de nouveaux réseaux : autoroutes, aviation commerciale, commerce maritime conteneurisé, grandes infrastructures hydroélectriques et chaînes mondialisées de production. L’agriculture utilise davantage d’engrais de synthèse, de pesticides et de machines, ce qui améliore les rendements tout en modifiant les cycles de l’azote et du phosphore. La consommation d’eau douce, la production de déchets et les émissions de gaz à effet de serre augmentent fortement. Les chercheurs mobilisent des séries statistiques pour représenter l’évolution parallèle des activités humaines et des pressions exercées sur les systèmes terrestres. Les indicateurs étudiés par les chercheurs – émissions, consommation d’engrais, transport ou usage de l’eau – évoluent conjointement, mais pas partout au même rythme. Les responsabilités historiques et les bénéfices de cette expansion restent très inégaux.
La Grande Accélération traduit une transformation profonde de l’échelle des activités humaines : les productions, les flux énergétiques et les pressions sur les écosystèmes augmentent fortement en quelques décennies. Ses conséquences sont mondiales, mais les contributions historiques restent inégales entre régions et groupes sociaux. Les gains en espérance de vie et en accès aux biens coexistent avec la dégradation de milieux et l’augmentation des émissions. Cette combinaison explique pourquoi les politiques environnementales contemporaines doivent traiter ensemble les questions de développement, de consommation et de répartition des responsabilités.
