NavigationRetour à l’espace fiches

À près de dix millénaires de distance, l’essor de l’agriculture puis celui de l’industrie ont transformé la manière dont les sociétés puisent dans leur environnement. Le Néolithique correspond à la diffusion progressive de la production agricole et de l’élevage ; la révolution industrielle à l’essor de la mécanisation et à l’exploitation massive de ressources énergétiques fossiles. Dans les deux cas, les techniques transforment les capacités de production et l’occupation des territoires. Les paysages changent, les populations se concentrent et de nouvelles organisations sociales apparaissent. Cette comparaison permet de penser l’histoire environnementale sur une très longue durée, au-delà des seules préoccupations contemporaines.

Ces deux transformations n’ont pourtant ni la même vitesse ni la même portée énergétique. Le Néolithique se déploie pendant plusieurs millénaires, dans des foyers géographiques distincts et avec des impacts principalement régionaux. Les sociétés utilisent l’énergie du vivant, des humains et des animaux, ainsi que des ressources renouvelables, même si celles-ci peuvent être surexploitées. L’industrialisation s’étend beaucoup plus rapidement et s’appuie sur une extraction considérable d’énergies accumulées dans le sous-sol. Elle entraîne une croissance des volumes produits et des émissions dont les conséquences finissent par dépasser les frontières et affecter le système climatique mondial.

Comparer Néolithique et industrialisation éclaire deux formes de rupture sans les confondre. La première modifie progressivement la reproduction des espèces et l’occupation des sols ; la seconde démultiplie, grâce aux combustibles fossiles, la quantité d’énergie mobilisable. Leur diffusion, leurs rythmes et leurs conséquences ne sont donc pas équivalents. Ces transformations ont cependant un trait commun : des gains de production s’accompagnent de dépendances nouvelles envers les ressources et les infrastructures. Les choix techniques et sociaux qui les organisent permettent d’expliquer pourquoi les effets environnementaux diffèrent d’une région à l’autre.