Les échecs du Rwanda et de Srebrenica, puis la controverse du Kosovo, posent une question difficile : que faire lorsqu’un État massacre sa propre population ou se montre incapable de la protéger ? En 2001, la Commission internationale de l’intervention et de la souveraineté des États propose le concept de « responsabilité de protéger », souvent désigné par l’acronyme R2P. La souveraineté n’est plus seulement conçue comme un droit contre l’ingérence, mais aussi comme une responsabilité envers les populations.
Le principe est repris au Sommet mondial de l’ONU de septembre 2005. Les États reconnaissent leur responsabilité de protéger les populations contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l’humanité. La communauté internationale doit aider les États à remplir cette obligation et, lorsque les moyens pacifiques sont insuffisants et que les autorités échouent manifestement, envisager une action collective par l’intermédiaire du Conseil de sécurité.
La R2P ne crée donc pas un droit général à l’intervention militaire unilatérale. Elle cherche au contraire à inscrire la protection dans le cadre multilatéral de la Charte. Son application reste dépendante des rapports de force au Conseil de sécurité. L’intervention en Libye en 2011, puis les désaccords sur ses conséquences, montreront à la fois la portée et la fragilité du concept.
