Le génocide des Tutsi de 1994 ne peut être expliqué par une hostilité « ancestrale » entre Hutu et Tutsi. Les catégories existaient avant la colonisation, mais les administrations allemande puis surtout belge les rigidifient en leur donnant une dimension raciale et administrative. Après la « révolution sociale » de 1959 et l’indépendance de 1962, de nombreux Tutsi sont contraints à l’exil. Le nouveau pouvoir républicain dominé par des élites hutu connaît plusieurs épisodes de persécution antitutsie.
En octobre 1990, le Front patriotique rwandais, constitué principalement de réfugiés tutsi basés en Ouganda, attaque le Rwanda. La guerre civile radicalise le régime du président Juvénal Habyarimana. Des médias et organisations extrémistes développent l’idéologie du « Hutu Power », présentent les Tutsi comme une menace collective et préparent des réseaux de mobilisation. Les accords d’Arusha d’août 1993 prévoient un partage du pouvoir entre le gouvernement et le FPR, perspective rejetée par les courants les plus radicaux.
L’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion de Habyarimana, dont les responsabilités exactes restent longtemps controversées, sert de déclencheur à un processus déjà préparé. Dans les heures qui suivent, des responsables politiques modérés sont assassinés et l’appareil génocidaire se met en mouvement. Le génocide résulte donc d’une radicalisation politique organisée, et non d’une explosion spontanée de violence communautaire. L’identification administrative des populations et la propagande racialisée donnent ainsi aux catégories sociales une rigidité que leur histoire antérieure ne possédait pas sous la même forme.
