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FICHE 27 / 238

La France et le Rwanda : une controverse historique et politique durable

La France entretient sous François Mitterrand des relations étroites avec le régime de Juvénal Habyarimana. À partir de l’offensive du FPR en octobre 1990, l’opération Noroît protège les ressortissants français mais apporte aussi un soutien militaire aux autorités rwandaises. Paris considère alors le FPR comme une force soutenue par l’Ouganda anglophone et raisonne en partie en termes de stabilité régionale et d’influence francophone. Cette grille de lecture contribue à sous-estimer la radicalisation politique du régime.

Au début du génocide, la France évacue ses ressortissants dans le cadre de l’opération Amaryllis sans chercher à arrêter les massacres. En juin 1994, l’opération Turquoise est autorisée par le Conseil de sécurité avec un mandat humanitaire. Elle crée une zone de sécurité dans le sud-ouest du pays et sauve des civils, mais intervient très tard. Ses critiques soulignent qu’elle n’empêche pas la fuite vers le Zaïre de responsables et de forces impliqués dans le génocide, question qui demeure au cœur du débat sur ses effets politiques.

Le débat porte donc sur la responsabilité politique française avant et pendant le génocide. La commission présidée par Vincent Duclert conclut en 2021 à des « responsabilités lourdes et accablantes » de la France, liées notamment à son aveuglement et à son soutien prolongé au régime, tout en estimant qu’il n’existe pas de preuve d’une complicité française dans le génocide. Cette distinction est historiquement et juridiquement essentielle. L’opération Turquoise doit donc être distinguée du soutien français antérieur au régime : son mandat est humanitaire, même si son calendrier et ses effets restent débattus.