Slobodan Milošević s’impose à la tête de la Ligue des communistes de Serbie à la fin des années 1980. Sa progression politique est étroitement liée à la question du Kosovo, province autonome à majorité albanaise où une partie des Serbes se dit discriminée. En avril 1987, lors d’une visite à Kosovo Polje, Milošević promet aux manifestants serbes que « personne ne doit vous battre ». La scène devient un symbole de son repositionnement nationaliste, même si son ascension relève aussi d’une lutte interne au parti.
Entre 1988 et 1989, la « révolution antibureaucratique » permet à ses alliés de prendre le contrôle des directions de Voïvodine, du Kosovo et du Monténégro. En 1989, l’autonomie du Kosovo est fortement réduite. Milošević cherche ainsi à renforcer le poids politique de la Serbie dans une fédération qu’il juge trop décentralisée. Cette stratégie inquiète particulièrement Slovénie et Croatie, qui redoutent une recentralisation dominée par Belgrade.
Milošević joue un rôle majeur dans les guerres qui suivent en soutenant politiquement, financièrement et militairement des forces serbes en Croatie et en Bosnie. Il ne suffit cependant pas à expliquer seul l’éclatement yougoslave. Les nationalismes croate, bosno-serbe et d’autres acteurs possèdent leurs propres dynamiques. Personnaliser entièrement la crise ferait disparaître la faillite institutionnelle plus large de la fédération. La réduction de l’autonomie du Kosovo en 1989 renforce cette centralisation sans supprimer juridiquement toute existence institutionnelle de la province.
