L’ONU intervient en ex-Yougoslavie avec des outils conçus à l’origine pour stabiliser des cessez-le-feu entre parties consentantes. La FORPRONU est créée en février 1992, d’abord pour la Croatie, puis son mandat est étendu à la Bosnie-Herzégovine. Les Casques bleus escortent des convois humanitaires, sécurisent certains points et surveillent des zones protégées. Leur présence limite localement la violence sans pouvoir imposer une paix qui n’existe pas encore.
La difficulté vient de l’écart entre mandat et situation militaire. Le maintien de la paix repose normalement sur le consentement, l’impartialité et un usage limité de la force ; en Bosnie, certaines parties poursuivent au contraire des objectifs territoriaux par les armes. Les « zones de sécurité » créées en 1993 — dont Srebrenica et Žepa — ne disposent pas toujours d’une défense suffisante. Les États membres hésitent à exposer leurs soldats et à autoriser des frappes qui pourraient transformer les Casques bleus en belligérants.
L’expérience des Balkans transforme progressivement la réflexion internationale. L’ONU conserve un rôle humanitaire et diplomatique essentiel, mais l’usage coercitif de la force est de plus en plus confié à l’OTAN. Cette division du travail annonce une évolution plus générale : dans les crises complexes, la légitimité multilatérale et la capacité militaire peuvent dépendre d’organisations différentes.
