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FICHE 11 / 238

Les années 1990 : un monde réellement unipolaire ?

La notion d’unipolarité décrit correctement un fait majeur des années 1990 : aucun État ne peut alors rivaliser globalement avec les États-Unis. Washington domine les océans, dispose d’alliances dans plusieurs régions, possède un avantage technologique considérable et joue un rôle central dans les institutions économiques internationales. La guerre du Golfe, les interventions dans les Balkans et l’élargissement de l’OTAN renforcent l’impression d’un ordre structuré autour de la puissance américaine.

Cette lecture devient pourtant moins convaincante lorsqu’on distingue hiérarchie de puissance et capacité de contrôle. La Russie, affaiblie, conserve des milliers d’armes nucléaires ; la Chine connaît une croissance rapide ; l’Union européenne représente un marché majeur et développe des politiques communes. Des puissances régionales comme l’Iran, l’Inde ou le Pakistan poursuivent leurs propres stratégies. Les États-Unis échouent aussi à imposer partout leurs préférences, notamment lorsque les coûts politiques et humains d’une intervention deviennent élevés.

Les années 1990 peuvent donc être décrites comme un système unipolaire mais non comme un monde unifié. La supériorité américaine est structurelle, tandis que l’autorité politique demeure fragmentée. Cette distinction permet de comprendre pourquoi l’ordre international peut être à la fois dominé par Washington et traversé de conflits que Washington ne maîtrise pas entièrement. La notion d’unipolarité reste donc compatible avec l’existence de plusieurs pôles économiques et avec une diffusion progressive de capacités vers l’Asie.