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FICHE 04 / 238

Le « moment unipolaire » américain : une domination exceptionnelle mais historiquement fragile

L’expression « moment unipolaire » est popularisée par le chroniqueur américain Charles Krauthammer dans un article de 1990-1991. Elle désigne une configuration dans laquelle un seul État dispose d’une supériorité globale suffisamment nette pour qu’aucune coalition rivale ne puisse équilibrer immédiatement sa puissance. Au début des années 1990, les États-Unis réunissent effectivement des avantages militaires, financiers, technologiques, diplomatiques et culturels que personne ne cumule à un niveau comparable.

L’unipolarité ne doit toutefois pas être confondue avec l’omnipotence. Washington peut gagner une guerre conventionnelle sans pouvoir déterminer seul la forme politique de l’après-guerre. Les États-Unis dépendent aussi de partenaires pour financer, légitimer ou administrer certaines opérations. La Russie reste une puissance nucléaire ; la Chine dispose d’un potentiel démographique et économique immense ; l’Europe construit progressivement une capacité d’action collective. Des acteurs non étatiques peuvent, de leur côté, exploiter les vulnérabilités d’une puissance pourtant dominante.

Le caractère historique du « moment » est donc central. Il décrit moins un nouvel équilibre permanent qu’une phase de transition ouverte par l’effondrement soviétique. La question devient celle de la durée : la supériorité américaine peut-elle empêcher l’émergence de nouveaux centres de puissance, ou produit-elle au contraire des stratégies de contournement et de contestation ? Les crises des années 2000 donneront une réponse de plus en plus nuancée. L’unipolarité décrit donc d’abord une distribution inégale des capacités entre États ; elle ne signifie ni absence de résistances ni obéissance automatique au leadership américain.