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FICHE 34 / 238

L’élargissement de l’OTAN : extension de l’ordre occidental vers l’Europe centrale

Après la disparition du pacte de Varsovie en 1991, l’OTAN aurait pu perdre sa raison d’être. Elle se transforme au contraire en élargissant ses missions et son espace géographique. Les anciennes démocraties populaires d’Europe centrale souhaitent rejoindre l’Alliance afin d’ancrer leur sécurité dans le camp occidental et de rendre irréversible leur sortie de la sphère soviétique. En 1994, le Partenariat pour la paix offre un cadre de coopération ; en mars 1999, la Pologne, la Hongrie et la République tchèque deviennent membres de l’OTAN.

L’élargissement répond à des demandes souveraines, mais il modifie en profondeur l’environnement stratégique russe. Pour limiter les tensions, l’Acte fondateur OTAN-Russie du 27 mai 1997 crée un mécanisme de consultation et affirme qu’Alliance et Russie ne se considèrent plus comme adversaires. Une nouvelle vague d’adhésions en 2004 intègre notamment les trois États baltes, anciennes républiques soviétiques. La frontière institutionnelle de l’espace euro-atlantique s’est donc déplacée de plusieurs centaines de kilomètres vers l’est.

L’interprétation de ce processus reste débattue. Pour les nouveaux membres, l’adhésion représente une garantie contre le retour d’une domination russe. À Moscou, elle est progressivement décrite comme la preuve d’un ordre européen construit sans la Russie, puis contre elle. Il serait pourtant réducteur de faire de l’élargissement la cause unique des tensions ultérieures : la transformation autoritaire de la Russie, les conflits postsoviétiques et les choix de politique étrangère russes possèdent leur dynamique propre. Le sommet de Bucarest d’avril 2008 promet que l’Ukraine et la Géorgie « deviendront membres » sans leur accorder alors de plan d’action pour l’adhésion, compromis lourd d’ambiguïtés.