La mondialisation des années 1990 renforce la position des États-Unis parce qu’elle s’appuie largement sur des institutions, des technologies et des marchés où ils occupent une place centrale. Le dollar demeure la principale monnaie de réserve et de transaction internationale ; les marchés financiers américains attirent les capitaux ; le FMI, la Banque mondiale et l’OMC fonctionnent dans un environnement intellectuel favorable à la libéralisation des échanges. Washington ne contrôle pas seul ces institutions, mais son poids y est déterminant.
L’avantage américain est aussi technologique. La diffusion d’Internet, initialement issue de recherches financées par l’État américain, accompagne l’essor de Microsoft, Intel, Cisco puis, au tournant du siècle, de nouveaux acteurs du numérique. La Silicon Valley devient un centre mondial de l’innovation et du capital-risque. Les universités américaines attirent chercheurs et étudiants, ce qui alimente un cercle entre recherche, entreprises et puissance économique. Cette domination s’ajoute à celle du cinéma, de la musique, de la publicité et des médias.
La relation entre mondialisation et puissance américaine n’est cependant pas univoque. Les chaînes de valeur favorisent aussi l’industrialisation de l’Asie, surtout de la Chine après son entrée à l’OMC en 2001. Les déficits commerciaux américains se creusent tandis que certaines régions industrielles connaissent des pertes d’emplois. La mondialisation constitue donc à la fois un multiplicateur de la puissance des États-Unis et l’un des mécanismes qui facilitent l’ascension de futurs concurrents. Cette centralité financière permet en outre aux autorités américaines de transformer l’accès au dollar et aux circuits bancaires en instrument de puissance et, plus tard, de sanctions.
