L’image d’une Amérique toute-puissante dans les années 1990 masque plusieurs échecs ou hésitations. En Somalie, l’opération humanitaire lancée sous mandat international se transforme en affrontement avec les milices de Mohamed Farrah Aidid. La mort de dix-huit militaires américains à Mogadiscio les 3-4 octobre 1993 accélère le retrait décidé par Bill Clinton. L’épisode nourrit à Washington une forte prudence face aux interventions où l’objectif politique paraît mal défini.
Cette prudence contribue au refus d’engager des forces au Rwanda en 1994. En Bosnie, les États-Unis n’assument un rôle militaire décisif qu’en 1995, après plusieurs années de guerre. Les crises montrent que la principale contrainte n’est pas seulement matérielle : elle tient à la volonté politique, à l’opinion publique, aux alliances et à la difficulté de définir un état final acceptable. Même une puissance dominante doit choisir où et comment employer ses moyens.
Une autre limite vient des acteurs transnationaux. Al-Qaïda organise les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie le 7 août 1998 ; l’USS Cole est attaqué à Aden le 12 octobre 2000. Les frappes de représailles américaines n’éliminent pas le réseau. Avant 2001, il apparaît déjà qu’une organisation clandestine, sans territoire comparable à celui d’un État, peut exploiter les vulnérabilités d’une hyperpuissance. Les années 1990 montrent ainsi que le principal problème de Washington n’est souvent pas de disposer des moyens d’agir, mais de choisir quand, pourquoi et jusqu’où les employer.
