À la fin des années 1990, le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine popularise le terme d’« hyperpuissance » pour décrire la position singulière des États-Unis. Le mot va plus loin que celui de superpuissance : Washington ne domine pas seulement le domaine militaire, il dispose aussi d’une puissance économique, financière, technologique, culturelle et informationnelle sans équivalent. L’effondrement soviétique a supprimé le seul rival capable de lui opposer un système d’alliances et une force militaire globale comparables.
La notion permet de saisir le caractère multidimensionnel de cette prééminence. Le dollar reste au centre du système monétaire, Wall Street concentre une part essentielle de la finance mondiale, les entreprises américaines dominent les technologies numériques émergentes et Hollywood contribue à diffuser des représentations culturelles globales. Sur le plan stratégique, les États-Unis disposent d’un réseau d’alliances couvrant l’Europe et l’Asie, ainsi que d’une capacité de projection militaire révélée dans le Golfe et les Balkans.
Le terme possède néanmoins une portée critique. Védrine ne décrit pas une omnipotence : il souligne aussi le risque qu’une puissance sans contrepoids soit tentée de confondre ses préférences avec l’intérêt général. L’« hyperpuissance » est donc une catégorie historique utile pour les années 1990, non une définition éternelle des États-Unis. La montée de la Chine, le retour de la Russie et les coûts des guerres des années 2000 en montreront progressivement les limites. La notion doit être replacée dans le vocabulaire diplomatique français : elle désigne une asymétrie de puissance, non une accusation juridique ou une théorie formalisée des relations internationales.
