Les élections législatives du 16 mars 1986 donnent une courte majorité à la droite. Pour la première fois sous la Ve République, le président et la majorité parlementaire appartiennent à des camps opposés. François Mitterrand nomme Jacques Chirac Premier ministre le 20 mars. Cette situation, appelée cohabitation, n’avait pas été explicitement organisée par la Constitution de 1958, mais celle-ci permet son fonctionnement en distinguant les responsabilités du président et celles du gouvernement.
Chirac conduit la politique intérieure : privatisations, réforme fiscale, mesures de sécurité et tentative de libéralisation économique. Mitterrand conserve une influence importante sur la diplomatie et la défense, domaines où la pratique institutionnelle lui donne un poids particulier. Le partage n’est toutefois pas un « domaine réservé » juridiquement fixé. Des conflits apparaissent, notamment lorsque le président refuse de signer certaines ordonnances, obligeant le gouvernement à passer par la procédure législative. Le refus présidentiel de signer certaines ordonnances en 1986 illustre une zone de friction importante : le président ne peut diriger la politique gouvernementale, mais il conserve des prérogatives constitutionnelles susceptibles d’obliger le Premier ministre à modifier sa méthode législative.
La cohabitation démontre la souplesse de la Ve République. Elle réduit temporairement la domination présidentielle sans provoquer de crise constitutionnelle. Le président conserve notamment le pouvoir de dissolution et la présidence du Conseil des ministres, tandis que le gouvernement demeure responsable devant l’Assemblée nationale. Elle crée aussi une situation politique singulière : Mitterrand peut prendre de la distance avec l’action gouvernementale et se présenter en arbitre, tandis que Chirac assume les coûts de la gestion quotidienne. Cette configuration contribue au résultat de l’élection présidentielle de 1988.
