En 1980, Pékin crée quatre zones économiques spéciales : Shenzhen, Zhuhai, Shantou dans le Guangdong et Xiamen dans le Fujian. Leur localisation n’est pas fortuite. Elles sont proches de Hong Kong, Macao et Taïwan, territoires disposant de capitaux, de réseaux commerciaux et de diasporas chinoises. L’État y autorise des règles plus souples pour l’investissement étranger, la fiscalité, les salaires et les exportations.
Shenzhen devient l’exemple le plus spectaculaire. Petite ville frontalière de Hong Kong à la fin des années 1970, elle attire capitaux et main-d’œuvre et se transforme rapidement en centre manufacturier. Les zones servent de laboratoire : le Parti peut observer les effets du marché sans généraliser immédiatement les réformes à l’ensemble du pays. Lorsque les résultats paraissent favorables, l’ouverture s’étend à quatorze villes côtières en 1984, puis à d’autres espaces. Hainan devient à son tour une zone économique spéciale en 1988.
Le mécanisme repose sur une articulation entre bas coûts de production, infrastructures publiques, capitaux étrangers et accès aux marchés mondiaux. Il crée aussi des écarts entre littoral et intérieur, ainsi qu’une forte mobilité de travailleurs ruraux vers les zones urbaines. Les zones économiques spéciales montrent donc la logique expérimentale du réformisme chinois : une ouverture territorialisée et contrôlée, destinée à transformer l’économie sans remettre en cause l’autorité politique centrale. Cette ouverture reste sélective : les zones bénéficient d’exceptions réglementaires, mais le Parti conserve le contrôle politique, foncier et administratif qui conditionne leur développement.
