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FICHE 24 / 80

L’émergence économique de l’Asie : vers un déplacement progressif du centre de gravité mondial

À l’approche de 1990, l’Asie orientale ne constitue pas encore le centre de l’économie mondiale, mais son poids augmente rapidement. Le Japon est devenu une puissance industrielle majeure, les quatre dragons ont rejoint les économies à revenu élevé ou s’en approchent, et la Chine entre dans une phase de croissance accélérée. Cette dynamique contraste avec la croissance plus lente de nombreux pays occidentaux depuis les chocs des années 1970.

L’émergence asiatique repose sur des trajectoires diverses. Le Japon combine innovation, grandes firmes exportatrices et investissement élevé. Les dragons associent ouverture commerciale, éducation et intervention publique plus ou moins forte. La Chine adopte une réforme graduelle et territorialisée. Dans tous les cas, l’accès aux marchés américains et européens reste essentiel. L’Asie ne se développe donc pas en dehors de la mondialisation occidentale : elle en utilise les débouchés, les capitaux et les technologies tout en construisant ses propres capacités industrielles.

Les réseaux régionaux s’épaississent au cours des années 1980. L’appréciation du yen après 1985 encourage les entreprises japonaises à déplacer certaines productions vers l’Asie du Sud-Est et les nouveaux pays industrialisés. Les composants traversent plusieurs frontières avant l’assemblage final. Cette régionalisation productive prépare les chaînes de valeur des décennies suivantes. Le déplacement du centre de gravité mondial est donc progressif : il résulte moins d’un basculement soudain que d’une accumulation de capacités industrielles, technologiques et financières. L’accord du Plaza de 1985 joue ici un rôle d’accélérateur : le yen plus cher encourage les investissements japonais vers les économies voisines et densifie les réseaux productifs régionaux avant même la mondialisation des années 1990.