Les satellites sont devenus si importants pour le renseignement, les communications et la navigation que leur neutralisation constitue un enjeu stratégique majeur. Les armes antisatellites, souvent désignées par le sigle ASAT, regroupent plusieurs capacités : missiles capables de détruire physiquement un satellite, systèmes de brouillage, moyens cyber ou dispositifs susceptibles d'endommager temporairement des capteurs. Les essais les plus visibles concernent les armes dites « à ascension directe », lancées depuis le sol contre une cible orbitale.
Les États-Unis et l'URSS expérimentent de telles capacités dès la guerre froide. Après une période de moindre visibilité, la question revient au premier plan lorsque la Chine détruit en janvier 2007 un ancien satellite météorologique Fengyun-1C à environ 865 kilomètres d'altitude. L'essai génère des milliers de débris traçables et devient l'un des événements les plus préoccupants pour la sécurité orbitale. Les États-Unis détruisent à leur tour en 2008 le satellite USA-193, officiellement en raison du risque lié à son carburant toxique, tandis que l'Inde mène un essai ASAT en 2019 et la Russie en 2021.
Le problème est autant environnemental que stratégique. À très grande vitesse, un fragment de quelques centimètres peut endommager gravement un satellite. Un essai destructif peut donc menacer pendant des années des engins civils, commerciaux ou scientifiques appartenant à de nombreux pays. La compétition militaire produit ainsi une externalité collective dans un espace orbital déjà encombré.
Les ASAT soulèvent également un problème de stabilité. Détruire les satellites d'alerte précoce ou de commandement nucléaire d'un adversaire pourrait être interprété comme la préparation d'une attaque plus large. Certains États privilégient donc des normes de comportement limitant les essais destructifs plutôt qu'un traité interdisant toutes les capacités antisatellites, difficiles à définir et à vérifier. Cette question montre les limites de la gouvernance spatiale actuelle : les grandes puissances ont intérêt à protéger l'environnement orbital, mais elles souhaitent conserver des moyens de contrer les infrastructures adverses.
