L'expression « New Space » désigne la transformation de l'économie spatiale par l'arrivée d'entreprises privées, de nouveaux modèles de financement et de méthodes industrielles cherchant à réduire les coûts et les délais. Elle ne signifie pas que les entreprises étaient absentes auparavant : Boeing, Lockheed, Northrop Grumman ou Arianespace participent depuis longtemps aux programmes spatiaux. La rupture tient davantage au fait que certaines sociétés conçoivent désormais leurs propres systèmes, lèvent des capitaux privés, commercialisent directement des services et prennent une part plus importante du risque industriel.
Aux États-Unis, cette évolution est favorisée par l'État. Après l'accident de Columbia et l'annonce de la fin prochaine de la navette, la NASA développe des programmes de transport commercial vers l'orbite basse. Le Commercial Orbital Transportation Services (COTS), lancé en 2006, puis les contrats de ravitaillement et d'équipage permettent à des entreprises de développer des véhicules avec un financement public partiel tout en conservant davantage de responsabilité de conception. SpaceX et, dans d'autres segments, des entreprises comme Blue Origin ou Rocket Lab deviennent des acteurs majeurs.
Cette transformation modifie l'économie du secteur. La réutilisation partielle des lanceurs, l'industrialisation en série des satellites et le déploiement de grandes constellations abaissent certains coûts et multiplient les usages. L’espace devient un marché pour les télécommunications, l'observation, la navigation, les données et potentiellement de nouveaux services. Les investisseurs privés jouent un rôle croissant, mais l'État reste décisif comme client, régulateur, financeur de recherche et garant de la sécurité des lancements.
Le New Space ne correspond donc pas à une privatisation complète de l’espace. Il transforme plutôt la relation entre puissance publique et entreprises. Les États peuvent obtenir des capacités plus rapidement et stimuler l'innovation, mais deviennent aussi dépendants de sociétés capables de contrôler des infrastructures stratégiques. Cette évolution pose des questions de souveraineté, de responsabilité juridique et de concurrence. Elle montre que la puissance spatiale contemporaine est de plus en plus coproduite par des acteurs publics et privés dont les intérêts se recoupent sans être toujours identiques.
