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Long d’environ 800 kilomètres entre la péninsule Malaise et l’île indonésienne de Sumatra, le détroit de Malacca relie l’océan Indien à la mer de Chine méridionale. Il constitue l’un des passages les plus fréquentés du commerce maritime mondial. Sa position raccourcit considérablement la route entre le Moyen-Orient, l’Europe et les grands ports d’Asie orientale. Singapour, situé à son débouché oriental, est devenu l’un des principaux hubs portuaires et logistiques du monde grâce à cette situation.

Pour la Chine, Malacca est à la fois une artère et une vulnérabilité. Une partie importante de ses importations énergétiques et de ses échanges avec l’océan Indien emprunte cet itinéraire. Au début des années 2000, les responsables chinois évoquent ainsi un « dilemme de Malacca » : la croissance du pays dépend d’un passage éloigné de ses côtes et situé dans un environnement stratégique où les États-Unis et leurs partenaires disposent d’importantes capacités navales. La vulnérabilité ne signifie pas qu’un blocus soit facile ou probable; elle signifie que Pékin intègre cette dépendance dans sa planification.

La réponse chinoise est multiple : développement d’une marine capable d’opérer plus loin, diversification des approvisionnements énergétiques, pipelines terrestres, investissements portuaires et routes alternatives. Aucun de ces instruments ne supprime cependant totalement l’avantage économique de Malacca. Le détroit montre donc qu’une puissance commerciale peut être très forte tout en restant dépendante de la géographie des réseaux qui soutiennent cette puissance.

La dimension régionale compte aussi. Indonésie, Malaisie et Singapour coopèrent pour améliorer la sécurité de la navigation et lutter contre la piraterie, tout en restant attachés à leur souveraineté. Malacca n’est donc pas seulement un objet de rivalité entre grandes puissances : sa gouvernance quotidienne repose d’abord sur les États riverains et leurs arrangements de coopération.