À Paris, l’histoire du Mémorial commence pendant l’Occupation. Isaac Schneersohn fonde clandestinement en 1943 le Centre de documentation juive contemporaine afin de rassembler des preuves de la persécution. Ses archives sont utilisées dans les procès d’après-guerre. Le Mémorial du Martyr juif inconnu est inauguré en 1956 ; l’ensemble devient le Mémorial de la Shoah en 2005 après une importante transformation.
Le site réunit un musée, un centre de documentation, une crypte, le Mur des Noms et le Mur des Justes. Il articule ainsi recherche, hommage et enseignement. Le Mur des Noms inscrit les Juifs déportés de France ; ses corrections successives montrent qu’un mémorial est aussi un travail historique ouvert, fondé sur la vérification des identités et des convois.
La place du Mémorial dans la société française accompagne la reconnaissance de la responsabilité de l’État français. Pendant plusieurs décennies, le récit gaullien distingue la République légitime du régime de Vichy et met en avant une France résistante. Les travaux de Robert Paxton sur la collaboration d’État, l’action de Serge et Beate Klarsfeld, les procès et les mobilisations associatives déplacent le débat. Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’État dans la rafle du Vélodrome d’Hiver et la déportation des Juifs de France.
Le Mémorial étend aujourd’hui son action au-delà du bâtiment parisien, notamment à Drancy, principal camp d’internement et de départ des convois depuis la France. Les anciens lieux d’internement, les gares, les plaques scolaires et les maisons d’enfants composent un véritable réseau territorial. Cette géographie rappelle que la persécution ne s’est pas limitée à un site lointain : elle a impliqué administrations, policiers, voisins, sauveteurs et victimes dans de nombreuses communes.
