Le procès d’Auschwitz à Francfort, de 1963 à 1965, confronte la société ouest-allemande à des responsables de rang intermédiaire. Le droit pénal allemand ordinaire exige souvent de prouver une participation personnelle précise au meurtre, ce qui limite les condamnations lorsque l’appareil du camp reposait sur une division des tâches. Le procès a néanmoins une forte portée pédagogique et entraîne une nouvelle génération à interroger ses parents et ses institutions.
En France, la loi du 26 décembre 1964 constate l’imprescriptibilité par nature des crimes contre l’humanité définis à partir de Nuremberg. Cette règle permet des poursuites plusieurs décennies après les faits. Elle répond au caractère particulier de crimes organisés par un État qui avait aussi rendu difficile l’action judiciaire immédiate. L’imprescriptibilité ne dispense pas de prouver les actes et la responsabilité de l’accusé.
Le procès de Klaus Barbie à Lyon en 1987 est le premier en France pour crimes contre l’humanité. Ancien responsable de la Gestapo de Lyon, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Le procès donne une place importante aux victimes et aux associations ; il est filmé pour les archives historiques. Il oblige aussi les juristes à définir le périmètre du crime contre l’humanité, notamment lorsque des résistants figurent parmi les victimes d’une persécution menée au nom de la politique d’un État pratiquant une idéologie hégémonique.
Paul Touvier, ancien responsable de la Milice, est condamné en 1994. Son procès montre qu’un Français peut être reconnu complice de crimes contre l’humanité commis dans le cadre de la politique nazie. Maurice Papon, ancien haut fonctionnaire de la préfecture de la Gironde, est jugé de 1997 à 1998 pour complicité dans l’arrestation et la déportation de Juifs. Sa condamnation met en lumière la participation de l’administration française et nourrit la réflexion sur Vichy, la continuité de l’État et la responsabilité des fonctionnaires.
Ces procès ont lieu dans une société transformée par les recherches historiques. Les travaux de Robert Paxton ont montré que le régime de Vichy ne s’était pas contenté de subir les exigences allemandes et avait engagé sa propre politique de collaboration. Serge et Beate Klarsfeld ont documenté les déportations et recherché les responsables. Les historiens peuvent comparaître comme experts ou témoins de contexte, position débattue : leur savoir éclaire le tribunal, mais ils ne doivent pas devenir des garants officiels d’un verdict.
