Réalisé par Alain Resnais sur un texte de Jean Cayrol, Nuit et Brouillard sort en 1956. Le film alterne images d’archives et vues en couleurs des camps dix ans après. Ce montage confronte le passé aux paysages redevenus calmes et interroge la possibilité d’oublier. La musique, la voix et l’écriture produisent une méditation qui dépasse le documentaire d’information.
Le film témoigne aussi de son époque. Il parle principalement de la déportation et de l’univers concentrationnaire sans distinguer aussi nettement que les travaux ultérieurs le génocide des Juifs et les différentes catégories de camps. Cette limite ne lui retire pas son importance ; elle permet d’étudier l’état de la mémoire française au milieu des années 1950.
La censure française exige de masquer sur une image la présence reconnaissable d’un gendarme français gardant un camp d’internement. L’épisode révèle la difficulté à représenter la collaboration de l’administration nationale. Nuit et Brouillard devient ainsi à la fois une œuvre sur les camps et une source sur les résistances mémorielles de la IVe République.
Son usage scolaire est durable parce que sa brièveté et sa force formelle favorisent la discussion. Il doit pourtant être accompagné : certaines images ont été produites par les persécuteurs, d’autres par les armées de libération, et le montage leur donne un nouveau sens. Montrer une archive sans expliquer sa provenance risque de confondre preuve, propagande et illustration.
La Liste de Schindler de Steven Spielberg, sortie en 1993, touche un public mondial. Inspiré de l’histoire d’Oskar Schindler, industriel allemand qui sauve des Juifs employés dans son usine, le film utilise les codes du cinéma narratif : personnage central, progression dramatique, reconstitution et musique. Il rend accessibles des mécanismes historiques et individualise les victimes, mais organise aussi l’histoire autour d’un sauveteur et d’une issue exceptionnelle.
Cette focalisation crée un risque de récit consolateur. La très grande majorité des victimes n’a pas rencontré un sauveur disposant de tels moyens. Le film ne doit donc pas devenir une représentation totale de la Shoah. Sa portée pédagogique apparaît lorsqu’il est comparé à des archives et lorsqu’on interroge ce que le cinéma industriel rend visible ou laisse hors champ.
