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FICHE 75 / 80

Jacques Delors à la Commission : transformer la relance économique des années 1980 en nouveau projet d’intégration européenne

Jacques Delors prend la présidence de la Commission européenne le 6 janvier 1985, dans une Communauté qui sort progressivement de plusieurs années de conflits budgétaires et de faible dynamisme institutionnel. Ancien ministre français de l’Économie et des Finances, il cherche un objectif capable de réunir gouvernements, entreprises et institutions européennes. Le marché intérieur devient ce projet mobilisateur : supprimer les obstacles physiques, techniques et fiscaux qui subsistent entre les États membres. Delors arrive à Bruxelles après avoir été ministre français de l’Économie et des Finances de 1981 à 1984 ; son expérience du tournant monétaire français et du SME nourrit directement sa conception d’une intégration économique plus étroite.

La Commission publie en juin 1985 le Livre blanc préparé sous la responsabilité du commissaire britannique Arthur Cockfield, qui recense environ trois cents mesures nécessaires à l’achèvement du marché intérieur avant la fin de 1992. Delors associe cette libéralisation à d’autres dimensions : renforcement des fonds structurels, dialogue social et capacité d’action communautaire. L’Acte unique européen donne une base institutionnelle au programme et étend le vote à la majorité qualifiée dans plusieurs domaines, réduisant les risques de blocage.

La présidence Delors ne se limite pas au marché. Le Conseil européen de Hanovre de juin 1988 lui confie la direction d’un comité chargé d’étudier l’Union économique et monétaire. Son rapport, présenté en avril 1989, propose une progression en trois étapes vers une monnaie unique et une banque centrale indépendante. Delors agit donc moins comme l’auteur solitaire de l’intégration que comme un entrepreneur politique capable de transformer des compromis entre États en programmes cohérents et institutionnellement durables.