La disparition du rideau de fer bouleverse l’environnement dans lequel la Communauté européenne s’était développée. Depuis les années 1950, l’intégration occidentale avançait dans une Europe divisée et sous protection stratégique américaine. En 1989, les démocraties d’Europe centrale et orientale se tournent rapidement vers la Communauté comme modèle économique, politique et juridique. L’aide PHARE, créée en 1989 pour la Pologne et la Hongrie puis élargie, symbolise cette nouvelle relation.
La réunification allemande modifie simultanément l’équilibre interne de la Communauté. Le territoire de l’ancienne RDA entre dans la CEE avec la République fédérale le 3 octobre 1990, sans procédure d’adhésion classique. Les Douze doivent aussi réfléchir à leur capacité diplomatique dans un continent où les anciennes structures de la guerre froide disparaissent. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement, créée en 1991, vise à accompagner la transition vers l’économie de marché dans les anciens pays communistes. Cette perspective reste encore lointaine en 1991 : les critères d’adhésion dits de Copenhague ne seront définis qu’en 1993. Les relations avec l’Est relèvent alors d’abord de l’aide, des accords d’association et de la transition économique.
L’élargissement à l’Est n’est pourtant ni immédiat ni déjà défini en 1991. Les gouvernements occidentaux privilégient d’abord l’approfondissement de leurs propres institutions. Deux conférences intergouvernementales, ouvertes en décembre 1990, négocient parallèlement l’Union économique et monétaire et l’Union politique. La fin de la guerre froide agit donc comme un accélérateur plutôt que comme l’origine de la relance européenne. Celle-ci avait commencé au milieu des années 1980, mais l’effondrement de l’ordre bipolaire rend plus urgente la question suivante : quelle architecture politique donner à une Europe qui n’est plus divisée en deux blocs ?
