La rupture de 1989 commence avant la chute du mur de Berlin. En Pologne, la crise économique et les grèves de 1988 poussent le pouvoir à négocier avec Solidarność. Les discussions de la Table ronde, entre février et avril 1989, rétablissent le syndicat et organisent des élections partiellement libres. Le 4 juin, Solidarność remporte tous les sièges qu’il peut légalement conquérir à la Diète et presque tous ceux du Sénat. Le 24 août, Tadeusz Mazowiecki devient le premier chef de gouvernement non communiste du bloc depuis les débuts de la guerre froide. Le caractère « partiellement libre » du scrutin polonais est essentiel : 65 % des sièges de la Diète restent réservés aux communistes et à leurs alliés, tandis que le Sénat est librement élu. La victoire de Solidarność est donc obtenue à l’intérieur d’un compromis conçu initialement pour limiter l’alternance.
En Hongrie, la transformation suit davantage une logique de réforme interne. Depuis les années 1960, le pays avait déjà expérimenté une économie plus souple que ses voisins. En 1988-1989, les réformateurs du Parti accélèrent le changement, réhabilitent Imre Nagy et négocient avec l’opposition. Le démantèlement de la clôture à la frontière autrichienne commence au printemps ; l’ouverture officielle de la frontière aux citoyens est-allemands, le 11 septembre, provoque un exode qui déstabilise directement la RDA. Le 23 octobre, la « République populaire » devient simplement la République de Hongrie.
Ces deux trajectoires montrent que 1989 n’est pas seulement une succession d’insurrections. Des élites communistes acceptent aussi de négocier parce qu’elles ne disposent plus d’une solution économique crédible et savent que Moscou n’interviendra probablement pas pour préserver leur monopole. Les transitions polonaise et hongroise servent alors de précédents. Elles démontrent qu’une sortie du communisme peut se produire sans invasion soviétique et modifient les anticipations politiques dans tout le bloc.
