À l’automne 1989, la République démocratique allemande est prise entre une crise migratoire et une contestation intérieure. Des milliers de citoyens passent à l’Ouest par la Hongrie ou se réfugient dans les ambassades ouest-allemandes. À Leipzig, les « manifestations du lundi » réunissent des foules croissantes. Le 18 octobre, Erich Honecker est remplacé par Egon Krenz, mais le changement de dirigeant ne suffit plus à restaurer la confiance.
Le 9 novembre, le gouvernement prépare de nouvelles règles de voyage destinées à réduire la pression. Lors d’une conférence de presse retransmise en direct, Günter Schabowski annonce maladroitement que les autorisations pourront être accordées « immédiatement, sans délai », alors que les modalités n’ont pas encore été mises en place. Des milliers de Berlinois de l’Est se rendent aux postes-frontières. Sans ordre clair et refusant d’employer la violence, les gardes ouvrent progressivement les passages dans la soirée. Le mur cesse de remplir sa fonction politique avant même d’être physiquement démantelé. L’ouverture des postes-frontières n’est donc pas une décision stratégique prise ce soir-là par la direction est-allemande : elle résulte d’une annonce mal maîtrisée, de la pression de la foule et du refus des gardes d’employer la force sans instruction claire.
L’événement est spectaculaire, mais il ne constitue pas à lui seul la fin de la RDA. Il accélère une crise déjà avancée et transforme la question allemande. Les manifestations passent rapidement du slogan « Nous sommes le peuple » à « Nous sommes un peuple », tandis que la perspective d’une réunification devient concrète. Le 9 novembre symbolise donc la disparition du rideau de fer parce qu’il révèle simultanément l’impuissance du régime est-allemand, le refus soviétique d’intervenir et l’effondrement de la frontière la plus emblématique de la guerre froide.
