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FICHE 63 / 80

1989 : l’effondrement des démocraties populaires transforme une crise du communisme en révolution géopolitique européenne

L’année 1989 ne débute pas avec la certitude que les régimes communistes d’Europe centrale et orientale vont disparaître. Tous connaissent pourtant des fragilités : économie peu dynamique, endettement dans plusieurs pays, légitimité idéologique épuisée et sociétés mieux informées sur l’Occident. Le changement décisif vient aussi de Moscou. Gorbatchev renonce progressivement à la doctrine Brejnev et fait comprendre que l’Armée rouge ne sera plus utilisée pour sauver automatiquement des gouvernements alliés.

La séquence s’accélère de manière cumulative. En Pologne, les élections du 4 juin donnent une victoire écrasante à Solidarność. La Hongrie démantèle une partie de son dispositif frontalier avec l’Autriche et proclame la République le 23 octobre. Des milliers d’Allemands de l’Est utilisent ces ouvertures pour fuir la RDA. À Leipzig et dans d’autres villes, les manifestations grossissent. Le mur de Berlin s’ouvre le 9 novembre. En novembre et décembre, la Tchécoslovaquie bascule rapidement vers un nouveau régime, tandis que la Bulgarie entre en transition après l’éviction de Todor Jivkov ; en Roumanie, la chute de Ceaușescu se fait dans la violence.

Parler d’un « effet domino » est utile à condition de ne pas effacer les différences nationales. La Pologne négocie, la Hongrie réforme par le haut, la RDA est submergée par l’émigration et les manifestations, la Tchécoslovaquie connaît une transition rapide et pacifique, tandis que la Roumanie traverse une crise armée. Leur point commun est l’effondrement de la capacité des partis communistes à gouverner seuls dès lors que la contrainte soviétique n’assure plus leur survie. En quelques mois, la carte politique de l’Europe issue de 1945 est profondément bouleversée.