L’expansion agricole de l’Europe médiévale s’inscrit dans un environnement changeant, dont les possibilités et les contraintes sont loin d’expliquer à elles seules la croissance des sociétés. Des espaces forestiers ou marécageux sont progressivement défrichés, des villages se multiplient et certaines régions améliorent leurs pratiques culturales. Les rotations, l’utilisation de la traction animale et la diffusion de matériels adaptés contribuent à la hausse de la production. Des conditions climatiques relativement favorables dans plusieurs régions facilitent parfois ce mouvement, sans l’expliquer entièrement. Les institutions seigneuriales, l’organisation du travail, les marchés et les échanges de techniques interviennent également dans l’extension des surfaces exploitées.
Les conditions météorologiques agissent sur la production agricole par des mécanismes très concrets. Une saison de croissance trop courte, des pluies persistantes ou des gelées tardives peuvent réduire les rendements céréaliers ; une succession de bonnes saisons peut au contraire améliorer les disponibilités alimentaires. La dépendance à certaines productions rend les sociétés vulnérables aux variations du temps, mais les réponses ne sont jamais uniquement naturelles. Les réserves, le commerce, les prélèvements seigneuriaux et les politiques de distribution déterminent qui supporte les pénuries. Deux régions confrontées à des anomalies météorologiques similaires peuvent ainsi connaître des conséquences sociales très différentes.
Les contraintes climatiques jouent sur les rendements et la durée des saisons agricoles, mais leurs effets varient selon les techniques et les structures sociales. L’extension des surfaces cultivées, l’amélioration des équipements et l’organisation seigneuriale ou villageoise contribuent ensemble à la croissance médiévale. Un épisode de sécheresse ou de pluies persistantes n’affecte pas de la même façon une communauté disposant de réserves et une autre déjà fragilisée. L’histoire agricole permet ainsi de relier le climat aux décisions humaines, plutôt que d’en faire une cause générale et suffisante de la prospérité ou des crises.
