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FICHE 110

Emmanuel Le Roy Ladurie et l’histoire du climat : faire des variations météorologiques un objet d’histoire

Explorer ce thème dans le cours : Les fluctuations climatiques et leurs effets : l’évolution du climat en Europe du Moyen Âge au XIXe siècle

En faisant des vendanges, des glaciers et des récits d’intempéries des sources historiques, Emmanuel Le Roy Ladurie (1929-2023) a contribué à renouveler l’étude des sociétés européennes. Formé à l’histoire économique et sociale, associé à l’École des Annales, il cherche à comprendre les conditions de vie des sociétés sur la longue durée. Son ouvrage Histoire du climat depuis l’an mil, publié en 1967, mobilise des sources jusque-là relativement peu exploitées par les historiens : dates de vendanges, fluctuations des glaciers, documents agricoles et observations anciennes. L’objectif n’est pas de raconter une succession de catastrophes météorologiques, mais de reconstituer des variations climatiques et de les confronter aux évolutions économiques et sociales.

Sa démarche consiste à croiser l’histoire sociale et des indices de nature climatique. Une vendange tardive peut signaler un printemps ou un été relativement frais ; l’avancée d’un glacier dépend d’un ensemble de conditions de température et de précipitations. Ces indicateurs ne prennent sens que lorsqu’ils sont comparés et replacés dans leur contexte. Le Roy Ladurie développe ensuite une histoire plus attentive aux effets des fluctuations sur les sociétés, notamment dans son Histoire humaine et comparée du climat en Occident. Il étudie ainsi les crises de subsistances et les conséquences de certains épisodes extrêmes sans réduire l’histoire politique à des phénomènes naturels.

La méthode de Le Roy Ladurie invite à confronter des données qui n’étaient pas traditionnellement rapprochées : dates de vendanges, chroniques de récoltes, archives administratives et indicateurs naturels. Elle permet de mieux comprendre les effets sociaux des variations climatiques sans transformer le climat en moteur unique de l’histoire. Les enquêtes ultérieures, conduites avec les climatologues, ont affiné les reconstitutions et renouvelé plusieurs interprétations. Son apport décisif tient donc autant à l’élargissement du corpus documentaire qu’à la rigueur du questionnement : un phénomène physique n’acquiert de signification historique qu’à travers les sociétés concernées.