Les politiques de reboisement montagnard du XIXe siècle associent prévention des risques naturels et affirmation de l’autorité de l’État. Les défrichements, certains usages pastoraux et les caractéristiques géologiques ou climatiques contribuent, selon les territoires, à la fragilité des pentes. Les autorités publiques associent progressivement la présence d’un couvert végétal à la stabilité des sols et à la régulation des écoulements. La forêt n’est donc plus seulement envisagée comme une réserve de bois : elle devient également un instrument de prévention des risques.
Les lois de 1860 et de 1864 sur le reboisement et le gazonnement des montagnes, puis celle de 1882 relative à la restauration des terrains en montagne, renforcent l’intervention de l’État. Les services forestiers mettent en œuvre des plantations, des travaux de stabilisation et des aménagements destinés à limiter l’érosion. Ces opérations s’accompagnent parfois de restrictions des pâturages et d’achats de terrains. Elles provoquent des tensions avec des populations dont les activités reposent sur l’utilisation saisonnière des versants. La politique de protection des milieux entre ainsi en concurrence avec des besoins agricoles immédiats. Le reboisement et la stabilisation des pentes nécessitent des emprises foncières et peuvent remettre en cause les parcours pastoraux. La réduction des risques naturels s’accompagne ainsi d’un débat sur la place des communautés montagnardes.
Les politiques de restauration des terrains de montagne permettent de stabiliser certaines pentes et de limiter des phénomènes érosifs, mais leurs effets varient selon les bassins-versants. L’intervention de l’État modifie aussi les rapports de propriété et les pratiques pastorales, parfois au détriment des communautés locales. Les débats portent autant sur l’efficacité des travaux que sur leur coût social. Cette histoire invite à penser la prévention des risques comme une combinaison de techniques forestières, de connaissances du terrain et de négociation avec les usagers.
