Les usages des forêts françaises se diversifient et font apparaître des attentes parfois contradictoires. Les massifs forestiers fournissent du bois destiné à la construction, à l’industrie et à l’énergie, accueillent des espèces animales et végétales, contribuent à la régulation de l’eau et des sols et offrent des espaces de promenade. Leur végétation et leurs sols participent également au stockage du carbone. Cette pluralité d’usages fonde la notion de multifonctionnalité forestière, qui occupe une place importante dans les politiques publiques contemporaines.
La production de bois peut contribuer à une gestion durable lorsque les prélèvements tiennent compte de la croissance des peuplements et du maintien des habitats. Certains modes d’exploitation perturbent cependant les sols, fragmentent les milieux ou réduisent la diversité biologique, notamment si les peuplements sont homogènes et les pratiques mal adaptées. Les activités récréatives présentent elles aussi des effets ambivalents : elles favorisent la connaissance de la forêt mais peuvent accroître la fréquentation d’espaces sensibles. Les gestionnaires doivent donc différencier les zones, programmer les interventions et organiser l’accès selon les contraintes locales. Les objectifs varient selon les territoires : une forêt périurbaine supporte une forte fréquentation, tandis qu’un massif de production doit organiser les prélèvements et les renouvellements. Les arbitrages s’inscrivent dans la durée, au-delà des seuls résultats d’une année.
Les conflits d’usage deviennent particulièrement visibles lorsque plusieurs fonctions se concentrent dans un même massif : production de bois, protection d’espèces, loisirs et prévention des risques. Aucune hiérarchie ne convient à toutes les forêts. Les décisions dépendent des caractéristiques écologiques, des besoins économiques et de la fréquentation, mais aussi de leur évolution au cours du temps. La multifonctionnalité relève donc d’un arbitrage territorial explicite, non d’une promesse selon laquelle chaque activité pourrait être maximisée sans conséquence pour les autres.
