La formule la plus célèbre de Clausewitz est aussi l’une des plus fréquemment simplifiées. Dire que la guerre est la « continuation de la politique par d’autres moyens » ne signifie pas que toute politique conduit naturellement à la guerre ni que la violence serait une forme ordinaire et souhaitable de gouvernement. Clausewitz veut montrer que l’usage de la force conserve une finalité politique. Lorsqu’un gouvernement entre en guerre, il cherche un résultat qui n’est pas purement militaire : défendre un territoire, modifier une frontière, protéger un régime, contraindre un adversaire ou obtenir une concession. La guerre fournit des moyens différents de la diplomatie, mais elle demeure orientée vers cette finalité. Cette idée établit une hiérarchie fondamentale entre but politique et objectif militaire. Détruire une armée, prendre une capitale ou conquérir un territoire sont des objectifs militaires ; ils n’ont de sens stratégique que s’ils contribuent au résultat politique recherché.
Cette distinction permet de comprendre certaines contradictions. Un État peut remporter une bataille tout en aggravant sa situation politique. Il peut aussi atteindre son objectif sans détruire entièrement l’adversaire si celui-ci estime préférable de négocier. La formule donne enfin une définition exigeante de la stratégie : relier l’emploi de la force au résultat politique. Lorsque ce lien disparaît, les opérations peuvent devenir une fin en elles-mêmes et prolonger indéfiniment la guerre.
