Pendant plusieurs décennies, la vie politique française s’organise autour d’une alternance entre une gauche dominée par le Parti socialiste et une droite gaulliste puis libérale, successivement RPR, UMP et Les Républicains. L’élection présidentielle de 2017 rompt brutalement cette logique. Benoît Hamon, candidat socialiste, obtient 6,4 % des suffrages ; François Fillon, candidat de la droite, arrive troisième malgré un électorat plus solide. Emmanuel Macron capte une partie des cadres et électeurs modérés des deux camps.
L’affaiblissement a des causes longues. Le PS paie les divisions du quinquennat Hollande, la perte d’une partie de son électorat populaire et la concurrence écologiste ou radicale. La droite est confrontée à la concurrence du Front national puis du Rassemblement national sur les questions d’immigration, d’identité et de souveraineté, tandis que le centre macroniste attire son aile libérale et européenne. Les primaires ouvertes de 2016-2017 n’empêchent pas cette fragmentation.
Il serait pourtant excessif de parler de disparition complète. Les anciens partis conservent des élus locaux, des réseaux militants et des bastions territoriaux. Leur crise est surtout celle de leur fonction de structuration nationale de la compétition présidentielle. La Ve République, fortement centrée sur l’élection du chef de l’État, accentue cette fragilité : perdre l’accès crédible au second tour peut rapidement marginaliser un parti jusque-là dominant.
