La victoire écrasante de la droite aux élections législatives de mars 1993 ouvre la deuxième cohabitation de la Ve République. François Mitterrand nomme Édouard Balladur Premier ministre le 29 mars. Contrairement à la première cohabitation de 1986-1988, la relation entre les deux têtes de l’exécutif est relativement apaisée. Le président, affaibli politiquement et physiquement, conserve toutefois les prérogatives que la pratique institutionnelle lui reconnaît en matière de défense et de politique étrangère.
Le gouvernement Balladur mène une politique de privatisations et cherche à restaurer les finances publiques après la récession. La loi du 22 juillet 1993 réforme les retraites du secteur privé en portant progressivement la durée de cotisation de 37,5 à 40 annuités et en calculant la pension sur les vingt-cinq meilleures années. Sur le plan européen, la France poursuit la mise en œuvre du traité de Maastricht, ratifié par référendum en septembre 1992. La cohabitation ne bloque donc pas l’action de l’État ; elle modifie surtout la répartition politique de la responsabilité.
La période montre la souplesse de la Constitution de 1958. Le président ne peut imposer sa politique intérieure à une majorité parlementaire hostile, tandis que le Premier ministre tire sa légitimité de cette majorité. Elle prépare aussi l’élection présidentielle de 1995 : Balladur, longtemps favori, se présente contre Jacques Chirac, provoquant une fracture durable dans la droite. Cette cohabitation est plus apaisée que celle de 1986-1988 : Balladur gouverne avec une large majorité tandis que Mitterrand conserve surtout un rôle important en politique étrangère et de défense.
