À l’automne 1995, le gouvernement d’Alain Juppé présente un vaste plan de réforme de la Sécurité sociale et des retraites. Le projet prévoit notamment d’aligner progressivement la durée de cotisation de certains régimes publics sur celle du secteur privé et de renforcer la maîtrise des dépenses de santé. Il répond à un double objectif : contenir les déficits sociaux et crédibiliser la trajectoire budgétaire française à l’approche de l’Union économique et monétaire.
À partir de la fin novembre, une mobilisation massive touche les transports publics et de nombreux services. Les cheminots, agents de la RATP et fonctionnaires occupent une place centrale. Malgré plusieurs semaines de perturbations, une part importante de l’opinion soutient ou comprend le mouvement. Le 15 décembre, le gouvernement retire la partie du plan concernant les régimes spéciaux de retraite, tout en maintenant la réforme de la Sécurité sociale, qui aboutit notamment à la création des lois de financement de la Sécurité sociale par la révision constitutionnelle de 1996.
La crise de 1995 rappelle que la réforme de l’État social est aussi un conflit de légitimité. Un gouvernement élu peut disposer d’une majorité parlementaire très large sans parvenir à imposer une transformation perçue comme insuffisamment négociée. Le mouvement signale également la persistance d’une capacité de mobilisation collective au moment où le syndicalisme français paraît pourtant affaibli.
