NavigationRetour à l’espace fiches
FICHE 182 / 238

Jacques Chirac en 1995 : la « fracture sociale » au cœur de l’élection présidentielle

L’élection présidentielle de 1995 se déroule après quatorze années de présidence Mitterrand, dans une France marquée par un chômage élevé et par un sentiment croissant d’insécurité économique. À droite, Édouard Balladur part favori, mais Jacques Chirac construit sa campagne autour de la dénonciation de la « fracture sociale ». Il met en avant les inégalités, l’exclusion et la distance entre une partie de la population et les élites dirigeantes. Le thème permet à Chirac de se présenter comme le candidat du changement malgré son long parcours politique.

Au premier tour du 23 avril, Lionel Jospin arrive en tête devant Chirac et Balladur. Le 7 mai, Chirac l’emporte au second tour avec 52,6 % des suffrages exprimés. Le résultat marque le retour de la droite à l’Élysée après quatorze ans d’opposition présidentielle. La campagne ne constitue pourtant pas un mandat économique univoque : quelques mois plus tard, le gouvernement d’Alain Juppé privilégie la réduction des déficits et la réforme de la protection sociale afin de préparer l’entrée dans l’euro.

La notion de fracture sociale est importante parce qu’elle annonce un thème durable de la vie politique française : la coexistence entre intégration à la mondialisation, métropolisation et sentiment de relégation d’une partie des classes populaires et moyennes. Les débats ultérieurs sur le déclassement, les territoires périphériques ou les Gilets jaunes réactiveront cette interrogation sous des formes différentes. Le thème de la « fracture sociale », formulé pendant la campagne avec l’aide d’Henri Guaino, permet à Chirac de se présenter comme le candidat d’une correction des inégalités après des années de rigueur économique.