La désindustrialisation française s’accélère à partir des années 1980 et 1990. La part de l’emploi manufacturier recule fortement, tandis que les services progressent. Ce phénomène ne signifie pas une disparition totale de l’industrie : la productivité augmente, certaines branches se modernisent et la valeur produite ne recule pas au même rythme que l’emploi. La baisse des effectifs résulte donc à la fois des gains de productivité, des externalisations vers les services, de la concurrence internationale et des délocalisations.
Les effets sont très inégaux selon les territoires. Les anciens bassins miniers, sidérurgiques, textiles ou automobiles connaissent fermetures d’usines, chômage et perte de population. À l’inverse, certaines métropoles et régions spécialisées dans l’aéronautique, la pharmacie ou les technologies maintiennent une base industrielle compétitive. L’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001 et l’élargissement des chaînes de valeur mondiales accentuent la pression sur certaines productions standardisées, sans expliquer à eux seuls tout le mouvement.
La désindustrialisation devient progressivement un enjeu politique majeur parce qu’elle combine économie et mémoire sociale. Une usine ferme rarement comme une entreprise ordinaire : elle affecte un territoire, des familles et un sentiment de dignité professionnelle. Les débats sur la souveraineté économique et la réindustrialisation trouvent une partie de leur origine dans cette expérience accumulée depuis plusieurs décennies. La désindustrialisation doit être distinguée d’une disparition de la production : la valeur ajoutée industrielle peut progresser alors même que l’emploi baisse sous l’effet des gains de productivité et de l’externalisation.
