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FICHE 15 / 80

La dérégulation financière : vers un capitalisme davantage organisé par les marchés

À partir de la fin des années 1970, plusieurs États occidentaux assouplissent les règles qui encadrent banques, marchés de capitaux et mouvements financiers. Cette évolution répond à l’internationalisation des entreprises, à l’innovation financière et à la difficulté croissante de maintenir des contrôles nationaux dans un monde de capitaux plus mobiles. Les États-Unis libéralisent progressivement les taux bancaires et décloisonnent certains segments du crédit ; Londres réalise en 1986 son « Big Bang », qui transforme le fonctionnement de la City. Aux États-Unis, les lois de 1980 puis de 1982 accélèrent la libéralisation du secteur bancaire ; au Royaume-Uni, le Big Bang de 1986 concerne surtout les règles de négociation, de propriété et de concurrence sur la place de Londres. Il n’existe donc pas une dérégulation unique, mais une succession de réformes nationales convergentes.

La dérégulation s’accompagne d’innovations techniques et contractuelles : produits dérivés, titrisation, nouveaux fonds d’investissement et développement des marchés obligataires. Les entreprises se financent davantage par les marchés, tandis que les banques deviennent elles-mêmes plus exposées à la concurrence internationale. Les technologies informatiques réduisent le coût des transactions et permettent des opérations presque continues entre les grandes places financières.

Ce mouvement améliore l’accès au capital et facilite la diversification des risques, mais il crée aussi de nouvelles vulnérabilités. La concurrence peut pousser les acteurs à prendre davantage de risques ; les crises bancaires ou boursières se transmettent plus rapidement. Le krach d’octobre 1987 montre qu’une finance technologiquement intégrée peut connaître des mouvements brutaux. La dérégulation des années 1980 ne supprime donc pas la régulation : elle oblige plutôt les États et les banques centrales à inventer de nouvelles formes de surveillance.