Le terme « Reaganomics » désigne l’ensemble des politiques économiques conduites sous Ronald Reagan : baisse des impôts, dérégulation, maîtrise de certaines dépenses civiles et hausse des dépenses militaires. Ses défenseurs s’appuient sur l’économie de l’offre : en réduisant les taux marginaux d’imposition, l’État doit renforcer les incitations à travailler, investir et entreprendre. La réforme de 1981 baisse fortement l’impôt sur le revenu ; celle de 1986 simplifie le barème et réduit encore le taux marginal supérieur tout en élargissant l’assiette.
L’économie américaine sort de la récession en 1983 et connaît plusieurs années de croissance soutenue. Il serait pourtant difficile d’attribuer cette reprise à la seule politique fiscale. La désinflation engagée par Paul Volcker permet progressivement une baisse des taux d’intérêt, tandis que les dépenses publiques, notamment militaires, soutiennent la demande. Le chômage recule nettement au cours de la décennie. Dans le même temps, le dollar très fort du début des années 1980 pèse sur l’industrie exportatrice et le déficit commercial se creuse.
Le bilan budgétaire est moins favorable aux promesses initiales. Les recettes progressent avec la reprise, mais les baisses d’impôts et les dépenses militaires contribuent à maintenir des déficits fédéraux élevés. La dette publique augmente. Les inégalités de revenus progressent également, sous l’effet conjoint de la fiscalité, des transformations du marché du travail, du recul syndical et du changement technologique. Les Reaganomics constituent donc un tournant durable sans offrir un bilan univoque. La dette fédérale détenue par le public augmente nettement rapportée au PIB au cours des années 1980 ; cela rappelle que le tournant de l’offre s’accompagne, dans les faits, d’un policy mix où la politique budgétaire n’est pas uniformément restrictive.
