Friedrich Hayek et Milton Friedman sont souvent réunis sous l’étiquette du « néolibéralisme », mais leurs démarches diffèrent. Hayek, économiste et philosophe politique autrichien puis britannique, critique la planification dès La Route de la servitude en 1944. Pour lui, l’information économique est dispersée entre des millions d’individus ; aucun planificateur ne peut la réunir aussi efficacement que le système des prix. La concurrence est donc un mécanisme de découverte autant qu’un principe politique de limitation du pouvoir.
Friedman, chef de file du monétarisme à l’université de Chicago, se concentre davantage sur la monnaie et l’efficacité des marchés. Avec Anna Schwartz, il réinterprète la Grande Dépression en soulignant les erreurs de la Réserve fédérale. Dans les années 1960, il conteste l’existence d’un arbitrage durable entre inflation et chômage et défend des règles monétaires plus prévisibles. Il soutient aussi la liberté des changes, les chèques-éducation et une fiscalité moins distorsive.
Leur influence politique croît lorsque la stagflation fragilise le consensus d’après-guerre. Hayek reçoit le prix de la Banque de Suède en 1974, Friedman en 1976. Leurs idées nourrissent les programmes de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, sans que ces gouvernements appliquent mécaniquement leurs prescriptions. Hayek se méfie de certaines formes de nationalisme conservateur ; Friedman critique plusieurs dépenses publiques maintenues par Reagan. Leur importance tient donc moins à un programme commun qu’à la légitimation intellectuelle d’un retour de la concurrence et de la discipline monétaire. Leur influence s’inscrit aussi dans des réseaux plus anciens, notamment la Société du Mont-Pèlerin fondée en 1947 autour de Hayek, qui contribue à maintenir puis à diffuser une critique libérale de la planification et de l’État économique.
