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FICHE 28 / 80

La légalisation de l’avortement : une rupture juridique et sociale majeure dans les sociétés occidentales

La question de l’avortement devient un enjeu politique central à partir des années 1960. Les législations antérieures sont souvent très restrictives, mais les avortements clandestins restent nombreux et exposent les femmes à des risques sanitaires et judiciaires. Plusieurs États réforment progressivement leur droit : le Royaume-Uni adopte l’Abortion Act en 1967 ; la Cour suprême des États-Unis protège l’avortement au niveau fédéral dans l’arrêt *Roe v. Wade* de 1973 ; la France vote la loi Veil en janvier 1975 ; l’Italie adopte une loi de dépénalisation en 1978.

Ces changements ne suivent pas un modèle unique. Les délais, les conditions médicales et le financement diffèrent selon les pays. Ils résultent de mobilisations féministes, de l’évolution de la médecine, d’arguments de santé publique et de changements plus larges dans la conception des droits individuels. Les oppositions demeurent fortes, en particulier dans les milieux religieux et conservateurs. Aux États-Unis, l’avortement devient durablement un marqueur de polarisation politique. L’Allemagne de l’Ouest adopte en 1976 un compromis plus restrictif que la France ou l’Italie, ce qui montre que la libéralisation de l’avortement n’est ni simultanée ni identique dans toutes les démocraties occidentales.

La rupture est donc double. Juridiquement, la décision reproductive est davantage reconnue comme relevant de la femme et de la relation médicale plutôt que du seul contrôle pénal. Socialement, la sexualité, la maternité et l’autorité de l’État sur le corps deviennent des objets de débat public. La légalisation ne supprime ni les inégalités d’accès ni les conflits moraux, mais elle transforme profondément le rapport entre citoyenneté, santé et autonomie personnelle.