Lorsque les plaines agricoles américaines subissent de violentes tempêtes de poussière dans les années 1930, les causes naturelles se mêlent à des pratiques agricoles qui ont fragilisé les sols. Une sécheresse prolongée contribue à dessécher les sols, mais la catastrophe résulte aussi de transformations agricoles antérieures. La mise en culture de vastes prairies naturelles, le labour intensif et l’insuffisante protection des terres exposent les couches superficielles au vent. Lorsque la couverture végétale disparaît et que les pluies se raréfient, les particules de terre sont emportées sur de grandes distances. Le phénomène manifeste ainsi l’interaction entre aléas climatiques et vulnérabilités créées par les sociétés.
La sécheresse et l’érosion se traduisent rapidement par l’effondrement de certaines récoltes, l’endettement agricole et des départs de familles. Dans le contexte de la Grande Dépression, ces déplacements renforcent les tensions économiques et sociales. Les populations migrantes, parfois désignées sous le terme d’« Okies », cherchent du travail notamment en Californie, où leur arrivée s’accompagne de précarité et de discriminations. Le roman Les Raisins de la colère de John Steinbeck, publié en 1939, contribue à faire connaître cette expérience sociale, tout en appartenant au registre littéraire plutôt qu’au témoignage statistique.
Face à la catastrophe, l’administration Roosevelt engage, dans le cadre du New Deal, des politiques de restauration et de conservation des sols. La création du Soil Conservation Service en 1935 marque la reconnaissance fédérale d’un problème que les exploitants ne peuvent résoudre seuls. La diversification des pratiques, le maintien de couverts végétaux et l’accompagnement des agriculteurs cherchent à limiter l’érosion. Le Dust Bowl illustre ainsi une forme de crise produite par l’interaction entre sécheresse, choix agricoles et précarité économique. Sa mémoire contribue durablement à faire du sol une ressource publique à préserver, au-delà des rendements d’une seule récolte.
