Les politiques environnementales américaines ne se décident pas uniquement à Washington : des États fédérés, au premier rang desquels la Californie, disposent de moyens d’action décisifs. Dès les années 1940, la concentration des automobiles, les conditions météorologiques et le relief favorisent l’accumulation de polluants atmosphériques. Les autorités californiennes adoptent progressivement des dispositifs spécifiques pour réduire les émissions, jusqu’à la création du California Air Resources Board en 1967. La législation fédérale reconnaît à cet État, sous certaines conditions, la possibilité d’obtenir des dérogations lui permettant d’appliquer des normes automobiles plus strictes que celles de Washington. Cette singularité fait de la Californie un laboratoire réglementaire.
À partir de la fin du XXe siècle, la Californie étend ses interventions de la qualité de l’air au climat, à l’énergie et aux transports. Les normes automobiles, la promotion de certaines technologies et les mécanismes de tarification du carbone cherchent à modifier les comportements de production et d’investissement. L’importance économique de cet État donne à ses décisions une portée qui dépasse ses frontières : les constructeurs opérant sur un vaste marché peuvent être incités à adapter une part importante de leur production. Les villes californiennes, les entreprises et les associations jouent elles aussi un rôle dans la diffusion de pratiques environnementales.
Le fédéralisme permet à la Californie d’expérimenter des normes qui peuvent ensuite influencer le marché automobile et les choix d’autres États. Cette capacité crée aussi des affrontements avec l’administration fédérale lorsque les orientations politiques divergent. L’efficacité de ses dispositifs dépend des secteurs concernés, des décisions judiciaires et de l’adhésion des acteurs économiques. En parallèle, les incendies, la dépendance à l’automobile et les inégalités d’exposition rappellent les limites d’un bilan présenté comme uniquement exemplaire. La Californie montre surtout que la politique environnementale américaine procède d’une concurrence entre échelons de pouvoir, et non d’une ligne nationale constante.
