Au début de la crise, la Banque centrale européenne hésite à intervenir directement sur les marchés de dette publique. Son mandat est centré sur la stabilité des prix et les traités interdisent le financement monétaire direct des États. La fragmentation financière menace toutefois la transmission même de sa politique monétaire : les taux deviennent très différents selon les pays.
La BCE adopte progressivement de nouveaux instruments. Elle fournit des liquidités massives aux banques, achète certaines obligations et accepte davantage de garanties. Sous Mario Draghi, elle annonce en 2012 un programme d’achats conditionnels, les OMT, jamais utilisé mais suffisamment crédible pour réduire fortement les écarts de taux. À partir de 2015, elle met également en œuvre un vaste programme d’achats d’actifs.
La crise transforme donc l’institution. Sans devenir une banque centrale fédérale dotée d’un État unique derrière elle, la BCE assume une responsabilité croissante dans la préservation de la zone euro. Cette évolution suscite des débats, notamment en Allemagne, sur les limites de son mandat. Elle montre que l’intégration monétaire oblige les institutions à interpréter leurs compétences à mesure que surgissent des crises non prévues par les traités. Les achats de titres, les prêts de long terme aux banques puis l’OMT élargissent progressivement le rôle de la BCE bien au-delà de l’image initiale d’une banque centrale uniquement centrée sur l’inflation.
