Le mot « djihadisme » désigne une idéologie politique contemporaine qui fait de la lutte armée conduite au nom d’une interprétation radicale de l’islam un moyen de transformer l’ordre politique. Il ne doit pas être confondu avec le terme religieux de djihad, beaucoup plus ancien et polysémique. Le djihadisme moderne puise dans plusieurs courants : le radicalisme de Sayyid Qutb, l’expérience de la guerre afghane, le salafisme militant et les doctrines développées par des organisations comme Al-Qaïda.
Sa mondialisation tient à la circulation des hommes, des récits et des techniques. Les guerres d’Afghanistan, de Bosnie, de Tchétchénie puis d’Irak servent de lieux de socialisation militante. Internet permet ensuite de diffuser textes, vidéos et modes opératoires sans dépendre des organisations traditionnelles. Les réseaux restent cependant hétérogènes : objectifs locaux et ambition globale peuvent coexister, tandis que des groupes se divisent sur les priorités, la légitimité de la violence contre les civils ou la proclamation d’un territoire islamique.
Cette diversité devient manifeste dans les années 2000-2010. Al-Qaïda privilégie une stratégie de longue durée contre l’Occident et les régimes jugés impies ; Daech cherche au contraire à conquérir un territoire et proclame un « califat » en 2014. Le djihadisme est donc une famille idéologique traversée de concurrences, et non une organisation mondiale centralisée. Le djihadisme doit être distingué de l’islam comme religion et de l’islamisme comme famille politique beaucoup plus large : il en constitue une branche révolutionnaire violente et minoritaire.
