Le Britannique Julian Corbett publie Some Principles of Maritime Strategy en 1911. Comme Mahan, il réfléchit à la puissance navale, mais son approche est plus directement centrée sur le caractère relatif du contrôle des mers. Pour Corbett, on ne « conquiert » pas l’océan comme un territoire terrestre. Le contrôle maritime signifie surtout pouvoir utiliser certaines communications tout en empêchant l’adversaire de les utiliser lorsque cela est nécessaire.
Cette distinction est importante. Une marine n’a pas besoin d’occuper chaque kilomètre carré d’un océan. Elle doit protéger les transports, soutenir les opérations terrestres, concentrer des forces dans des zones décisives et contester les communications adverses. Le contrôle peut être local et temporaire. Il peut aussi être incomplet lorsque deux adversaires conservent des capacités d’action.
Corbett insiste également sur l’articulation entre guerre maritime et guerre terrestre. La puissance navale ne produit pas à elle seule tous les effets politiques recherchés; elle facilite des opérations, protège des flux et ouvre des options à l’État. Cette conception reste particulièrement éclairante dans un environnement où sous-marins, missiles et aéronefs peuvent contester une présence navale et où le contrôle des océans est nécessairement partiel.
La comparaison Mahan-Corbett évite ainsi une vision simpliste de la puissance maritime. Mahan met fortement l’accent sur l’importance historique de la puissance navale et des communications; Corbett aide à penser les degrés, les limites et les usages concrets du contrôle.
