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FICHE 65 / 68

Les espaces communs mondiaux : peut-on exercer une puissance sur un espace que l’on ne peut souverainement posséder ?

Explorer ce thème dans le cours : Les dernières frontières ?

La haute mer et l’espace extra-atmosphérique présentent un paradoxe géopolitique. Aucun État ne peut légitimement les traiter entièrement comme un territoire national, mais les puissances y déploient des capacités décisives. Les océans permettent le commerce, la projection militaire et les communications sous-marines; l’espace soutient navigation, télécommunications, observation et commandement. Ne pas pouvoir annexer juridiquement un espace ne signifie donc pas ne pas pouvoir y exercer une influence.

Cette influence prend plusieurs formes. Un État peut disposer des moyens techniques lui permettant d’accéder plus facilement à l’espace commun, d’y maintenir une présence et d’en utiliser les ressources. Il peut aussi protéger ses propres flux, surveiller ceux des autres ou contribuer à définir les règles. Dans l’océan, une flotte et un réseau de bases rendent la liberté de navigation plus concrète pour certains acteurs que pour d’autres. Dans l’espace, lanceurs, satellites, stations au sol et capacités industrielles créent une hiérarchie tout aussi nette.

La notion de « command of the commons » a notamment été utilisée pour décrire l’avantage américain dans les espaces qui permettent la circulation mondiale. Il ne s’agit pas d’une souveraineté juridique : Washington ne possède ni la haute mer ni l’orbite. Il s’agit d’une capacité supérieure à utiliser ces espaces, à y déplacer des forces et à empêcher un adversaire d’obtenir aisément le même degré de liberté.

Cette distinction aide à comprendre les stratégies chinoises. Pékin ne cherche pas nécessairement à remplacer un espace libre par une appropriation totale; il cherche souvent à réduire l’asymétrie qui permettait aux États-Unis d’y agir avec peu de contraintes. Porte-avions, missiles, BeiDou, stations spatiales et infrastructures portuaires accroissent la capacité chinoise à utiliser les communs tout en contestant certaines libertés d’action adverses.

Les espaces communs ne sont donc pas des espaces sans pouvoir. Ils sont au contraire des lieux où la puissance se mesure par l’accès, la présence, la technologie et la capacité à faire respecter des règles. L’absence de souveraineté exclusive peut même accroître la compétition, puisque plusieurs acteurs peuvent chercher simultanément à y opérer.