Les « communs mondiaux » désignent généralement des espaces ou ressources situés au-delà de la souveraineté exclusive d’un État et dont l’usage intéresse l’ensemble de la communauté internationale. La haute mer et certains fonds marins en constituent des exemples classiques; l’espace extra-atmosphérique est également souvent analysé à travers cette notion. Le terme est cependant plus politique que strictement uniforme en droit : chaque espace possède son propre régime juridique.
Le problème central est celui de l’action collective. Si plusieurs acteurs peuvent utiliser une ressource sans coordination suffisante, chacun peut être incité à maximiser son bénéfice immédiat au détriment de la conservation commune. La surpêche, les débris spatiaux ou les atteintes à la biodiversité illustrent cette tension. Elle a été popularisée par Garrett Hardin sous le nom de « tragédie des communs », mais la conclusion selon laquelle les ressources communes seraient nécessairement condamnées à la surexploitation est trop déterministe.
Elinor Ostrom a montré, à partir de nombreux cas locaux, que des communautés peuvent construire des institutions efficaces pour gérer durablement des ressources communes. La transposition aux espaces mondiaux est plus difficile car le nombre d’acteurs, les asymétries de puissance et l’absence d’autorité supérieure sont beaucoup plus importants. Néanmoins, le principe reste utile : la gouvernance dépend de règles compréhensibles, de mécanismes de contrôle, d’incitations et d’une capacité à adapter les institutions.
La Convention de Montego Bay, l’Autorité internationale des fonds marins ou les règles internationales sur les activités spatiales sont autant de tentatives pour résoudre cette tension. Les États veulent conserver leurs libertés d’action tout en empêchant que l’espace commun soit détruit ou monopolisé. Les négociations portent donc sur la répartition des bénéfices, le niveau de contrôle et la manière de prendre des décisions légitimes.
Les communs mondiaux montrent ainsi que souveraineté et coopération ne sont pas forcément contradictoires. Les États restent les principaux producteurs des règles internationales, mais ils peuvent limiter volontairement certaines libertés afin de préserver un espace dont ils dépendent tous.
